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Camille Emmanuelle / Sang Tabou – Essai intime, social et culturel sur les règles

Quelques infos sur le livre :

Sang Tabou – Essai intime social et culturel sur les règles

  • Auteur : Camille Emmanuelle
  • Serie : /
  • Genres : essai
  • Editeur : La Musardine
  • Collection : /
  • Publication: 16/03/2017
  • Edition: broché, poche
  • Pages : 208
  • Prix : 17€
  • Rating:  

Résumé :

Pourquoi chuchote-t-on quand on demande un tampon à une collègue et, sur le trajet des toilettes, fait-on en sorte de bien cacher l’objet, comme si on transportait un sachet de coke ? Pourquoi, alors qu’on en a parfois très envie, on s’interdit de faire du sexe pendant nos règles ? Pourquoi en 2017 dans les pubs pour serviettes, le liquide est-il toujours bleu ? Pourquoi est ce qu’on entend encore au bureau :  » oh la la, Machine elle est énervée, elle a ses règles ou quoi ?  » ? Pourquoi les femmes qui souffrent le martyr pendant leurs règles doivent rester belles et se taire ? Pourquoi les hommes ne connaissent rien sur les règles des femmes, et sont donc ignorants sur ce que vit la moitié de l’humanité une fois par mois pendant 40 ans ?

Camille Emmanuelle aborde, de sa plume énergique et joyeuse, un sujet central de notre intimité et de la société : les règles. Tous les préjugés, issus de mythes religieux, véhiculés par
la publicité et la culture mainstream, sont en train d’être déconstruits par une génération qui prend la parole dans les médias, dans la rue, dans les clips et dans les séries. En se basant sur de nombreux témoignages, des interviews de spécialistes, son expérience personnelle et l’analyse de la culture pop actuelle, Camille Emmanuelle démontre que les règles deviennent un sujet public, qui sort des toilettes des filles, un sujet en pleine mutation, passionnant, souvent drôle, et même assez punk. Attention, ça va saigner !

 

Avis de BimboStratus :

Je remercie La Musardine pour ce SP. J’ai été déçue par ce livre plus que je ne l’aurais cru, mais il reste assez intéressant si on cherche juste quelques sources. Attention, bashage en règle.

On va commencer par les bons côtés : pas mal de points évoqués, un paquet de sources, un style pas dégueu.

Mauvais côtés en vrac : Camille Emmanuelle nous raconte sa vie, ce n’est pas un essai théorique mais un gros article avec des témoignages sortis de nulle part (et des citations des copines, coucou Peggy Sastre, on aura compris qui elle est vu que c’est répété à chaque nouvelle information de sa part) et des sources parfois très bancales (du journalisme tel qu’on l’entend maintenant quand on a décidé d’être désagréable en fait).

À pas mal de moment on lit bien l’avis de l’autrice en sachant qu’il est surtout dû à son expérience personnelle. Tout son laïus contre les serviettes lavables ou le flux instinctif libre (qu’elle n’a pas compris, ce n’est pas censé être vécu comme une contrainte) et sa comparaison avec l’allaitement… En le lisant je me suis demandé si c’était pas un problème perso qui transpirait dans ces lignes, et 70 pages plus tard j’ai eu ma réponse : si, c’est le cas. Son expérience personnelle la fait rager contre les discours pro-naturel et elle prône la bienveillance, comme si c’était antinomique. C’est quasiment hors sujet et assez peu objectif (la pilule c’est sans danger et les hormones c’est le pied ? Oui ok, perso je pense qu’on manque un peu de recul sur tout ça).

On retrouve le problème quand Camille Emmanuelle nous parle d’elle : l’exemple perso c’est quand même le degré zéro de l’argumentation. On apprend donc avec joie qu’elle n’a jamais senti qu’une autre femme avait ses règles et qu’on fait trop flipper les femmes sur les odeurs. Ok. Moi je sens ce genre de choses, même chez des personnes qui ne sont pas sales. On en parle ?

Point particulier sur l’endométriose, parce que je suis concernée : le travail fait dessus pour le livre est ridicule. Ça se voit que l’autrice n’en est pas atteinte et surtout qu’elle n’en a pas parlé plus que ça avec des femmes touchées par la maladie. J’ai d’ailleurs ri jaune quand j’ai compris qu’elle avait pris le temps d’interviewer des hommes pour sa « caution testostérone » mais pas de femmes atteintes d’endométriose. Les douleurs sont évoquées et on nous parle d’une machine qui réduit la douleur par électrostimulation (pas neuf, et pas concluant), mais rien sur le régime anti-inflammatoire ? Ok… La fin du chapitre part sur un appel à l’empathie que j’ai trouvé complètement hors sujet. À un moment faut arrêter de nous prendre pour des bisounours, on veut pas de l’empathie, on souffre, on veut des solutions. Il faut redescendre de ses joli discours et regarder les choses en face, se renseigner sur les violences vécues par les victimes d’endométriose et les révéler.

D’un point de vue formel, l’intro est intéressante mais y’a aucune transition avec le premier chapitre. Pas étonnant, l’autrice est journaliste et pas chercheuse, ça se sent dans tout l’essai. Les références sont du niveau d’un blog, pas d’un livre. Il y a quelques coquilles mais j’ai vu pire.

D’un point de vue féministe pur et dur, le bouquin est complètement cissexiste, avec un passage transphobe dans l’intro quand l’autrice parle de toutes les femmes et fait une liste et… oublie les personnes transgenres (il faut aussi rappeler à l’autrice, plus loin dans le livre, que « trans » n’est pas un substantif). Voilà voilà. Ensuite, pour le principe et vu le sujet, j’aurais aimé un « zéro concession » sur la putophobie, la psychophobie et le classisme. Ce n’est pas le cas, loin de là. L’autrice a son humour (que je n’apprécie pas) et il passe aussi par là. Utiliser Doctissimo à la lettre pour se moquer de l’orthographe de la personne citée avant de rire de sa bêtise, on a vu plus glorieux. On notera aussi qu’il y a de la citation de Woody Allen et une interview de Stéphane Rose. Honnêtement, il aurait mieux valu s’abstenir.

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille plutôt d’essayer un de ceux-ci, parus dans les mêmes eaux (à croire que tout le monde s’était donné le mot), vous me direz ce que vous en pensez :

Le grand mystère des règles – Jack Parker

Ceci est mon sang – Elise Thiébaut (il m’inspire moins celui-là, mais vu que Sang Tabou avait l’air bien…)

 

 

Extrait :

Je me souviens de mon premier poil pubien. Je me souviens de mon premier soutien-gorge, taille 70-A. Je me souviens avoir, dans ma chambre, baissé le son de la radio, lorsque, un soir d’automne en 1993, j’ai entendu pour la première fois le jingle de l’émission de Doc et Difool : « Sexe, capote, et rock’n’roll, Lovin’ fun ! » Je me souviens de ma première masturbation, dans mon lit d’ado, dont la housse de couette figurait Marilyn Monroe dans 7 ans de réflexion. Je me souviens de mon visage qui s’empourpre lorsque je découvre pour la première fois ce qu’est un porno sur Canal +. Je me souviens de la voix méprisante du prof de sport en 4e  qui lance à la cantonade « elle va pas faire sa chochotte » alors que j’ai le nez en sang, après avoir chuté du cheval d’arçons. Je me souviens de la sensation d’être une punk, lorsque, à 12 ans, dans l’avion Quimper-Paris, je sors ostensiblement le CD Erotica de Madonna de mon sac, pour l’écouter avec mon discman. Je me souviens de mes frissons dus à la caresse, sur mon épaule gauche, de Cédric, le grand frère d’une copine, alors que l’on regarde le film Massacre à la tronçonneuse à la télé. Je me souviens des rainures en bois du lit superposé, en vacances au ski, lorsque l’une de mes sœurs me raconte sa première fois avec un garçon. Je me souviens de ma meilleure amie, Laure, et moi, passant un week-end à Paris chez ma sœur aînée, jetant nos mégots de cigarette du haut de l’Arc de Triomphe en lançant, avec solennité : « C’est ça la liberté… » Je me souviens de ma mère criant : « Tu vas au collège, pas à un défilé de mode ! », à travers la porte de la salle de bain, alors que je tente, à force de laque et de sèche-cheveux, de faire tenir ma frange en mode « pétard ». Je me souviens, à 15 ans, du jour où j’ai expliqué à David, mon copain, qu’on ne pouvait pas être ensemble car il était de droite. Je me souviens de mes demi-jambes écarlates pendant des heures, après ma première séance d’épilation chez l’esthéticienne. Je me souviens de ma boulimie de Pitch, petites brioches fourrées au chocolat.

A propos de BimboStratus

Rôliste passionnée, j’adore l’amour et le sexe. Féministe attentionnée, j’aime les nuages et les étoiles. Et les livres dans tous ça ? C’est surfait, mais y’en a des biens. Suivez mon regard.

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