Pat Barker/Le silence des vaincues

Titre : Le silence des vaincues

Auteur : Pat Barker

Série :

Genres : littérature

Editeur : J’ai lu

Collection :

Date de Publication:   19/1/2022

Edition (papier/ebook ):papier

Pages : 448

Rating: 6/6

Présentation de l’éditeur

En quelques heures, la belle Briséis, reine de Lyrnessos, a vu sa vie s’effondrer en même temps que les murs de sa cité sous les assauts des Grecs. Son mari et ses frères ont été massacrés, et elle est devenue l’esclave, le trophée parmi d’autres, de l’homme qui l’a conquise : le divin Achille, dont les générations futures chanteront les exploits. Briséis doit alors choisir : se laisser mourir, ou survivre et raconter son histoire. L’histoire de la femme qui a fait basculer la guerre de Troie.Avec elle, après trois mille ans de silence, ce sont les voix de toutes les femmes rendues muettes par l’histoire qui s’élèvent. Esclaves, prostituées, guérisseuses, effacées au profit des faits d’armes des guerriers. Avec une précision remarquable et un style époustouflant, Pat Barker fait naître sous nos yeux une Iliade féminine magistrale.

Extraits

– Aurais tu vraiment épousé l’homme qui a tué tes frères ? Eh bien, premièrement, on ne m’aurait pas laissé le choix. Mais, oui, probablement. Oui, j’étais esclave, et une esclave ferait tout, absolument tout, pour ne plus être une chose et redevenir une personne. Je ne comprends pas comment tu pourrais faire ça.  Bien sûr que vous ne comprenez pas. Vous n’avez jamais été esclave.

*****

Là-bas, au-delà des rouleaux de la houle, dans l’endroit calme où la mer oublie la terre, se trouvait l’âme de mes frères défunts. Ils avaient été privés de rites funéraires, et l’entrée des Enfers leur serait interdite, ils seraient condamnés à hanter les vivants, non pendant quelques jours, mais pour l’éternité. Derrière mes paupières fermées, j’ai revu plusieurs fois mourir le plus jeune. Je les pleurais tous, mais lui plus que les autres.

Avis

Je tiens à remercier les éditions J’ai lu pour l’envoi de ce SP.

Moi qui me plaignais de lire lentement ce roman je l’ai plutôt dévoré (même si j’ai mis une semaine de plus à faire une chronique).

Cette partie du résumé : « les voix de toutes les femmes rendues muettes par l’histoire qui s’élèvent. Esclaves, prostituées, guérisseuses, effacées au profit des faits d’armes des guerriers. »

Je pourrais ne pas chroniquer le roman, cet extrait vous donne une idée juste de tout le roman, mais on va quand même ajouter mes impressions – tant bien que mal, cela a été difficile pour ce roman.

Le thème est fort, les réflexions qui l’émaillent à la fois réalistes et pleines d’une immense désillusion tapent juste. Le pire à lire pour une personne loin de ce quotidien d’esclave, et l’acceptation quelque part de la plupart de ses femmes de leur condition. Conscientes qu’elles ne pourront pas se rebeller, fomenter une révolte, s’enfuir… non, elles vont subir. Elles vont peut-être, comme Briséis, passer du statut de reine à esclave. Et encore, d’un seul homme et d’un guerrier glorieux, quand d’autres sont offertes en récompense à toute une troupe de soldats. Quelques-unes se suicident, mais la plupart des femmes vont être vendues, offertes, échangées, marchandées… c’est terrible à lire. Certaines ont perdu leur fils (on ne laisse pas d’homme en vie, même un nouveau-né garçon ou une femme enceinte doivent mourir), et vont se retrouver avec le meurtrier de leur famille comme nouveau « maître ». C’est le cas de l’héroïne.

Si elles ne sont pas révoltées, quelque part, il n’y a pas que de la passivité. L’acceptation est teintée de désillusion, d’amertume, de réalisme. L’auteure fait un travail fou sur ce sujet et développe son propos petit à petit, en étendant petit à petit la vision d’origine qu’on pouvait avoir pour élargir notre champ de réflexion. J’ai trouvé ça bluffant.

Sans entrer dans les détails, l’auteure n’épargne pas pour autant la réalité des faits. À quelques petites allusions claires, on souffre avec ces femmes. J’ai aimé voir des héros égratignés, retrouvé une réalité moins comme Ulysse qu’on associe toujours à Pénélope, qui l’attend si patiemment. Il la pleure et la regrette dans les bras de la femme esclave qu’on lui attribuée, trophée de guerre parmi d’autres.

Au point de vue initial de Briséis, s’ajoute pour compléter le récit, le complexifier et même le densifier, d’autres sons de cloche, sans pour autant excuser des faits qui restent ceux de la guerre avec viols, pillages, meurtres et autre, certains hommes avec une narration un peu plus distanciée interviennent.

Le personnage de Briséis est complexe. Il n’est pas parfait, il ne provoque pas une empathie soudaine et une adhésion du lecteur, du moins il ne m’a pas fait ça, mais sa complexité entre résignation, courage, deuil, empathie, égoïsme… tout y passe. Elle sonne juste et cela a dû être très complexe à décrire.

Le style est simple, mais assez visuel et immersif. On a les odeurs, les bruits, on vit les scènes décrites.

Il y a plusieurs niveaux de lecture et réflexion, difficile d’en rendre compte. J’ai trouvé intéressant que si le thème de fond très féministe semble un message évident, presque premier degré, l’avancée de la guerre, la captivité s’allongeant, le rapport des femmes de Troie aux Grecs devienne plus complexe au point qu’on hésite : elle ne lui a pas pardonné, elle n’a pas pu oublier quand même? Et c’est vraiment bien fait. Non, aucune de ces femmes n’oublie. Mais toutes doivent survivre.

Plusieurs scènes cruelles ont mis à mal mon petit cœur, une chose est sûre : je n’ai aucun regret d’avoir lu ce roman. Un conseil, ne passez pas votre chemin et suivez cette réécriture de Pat Barker, elle en vaut le détour, ne serait-ce que pour le prisme inédit et nécessaire qu’il propose. Il était temps que ce genre d’ouvrage existe enfin et rappelle les oubliées.

Vues : 63

A propos de TeaCup

TeaCup pourrait être mon vrai nom tant je suis accro au thé. Je suis une dévoreuse de livres compulsive, je lis de tout et en grande quantité (plus ou moins quoi !). J’ai pensé à me soigner, mais finalement j'ai atterri sur un blog de chroniques. Je soigne le mal par le mal en somme.

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