Bérard Thibault / Il est juste que les forts soient frappés

Titre : Il est juste que les forts soient frappés          

Auteur : Thibault Bérard

Série : One shot

Genres : Littérature blanche  

Editeur : J’ai lu

Date de Publication:   7/4/2021

Edition (papier/ebook ): papier

Pages : 320

Rating: 5/6

Présentation de l’éditeur

Lorsque Sarah rencontre Théo, l’amour les court-circuite. Elle, l’écorchée vive, la punkette, se laisse convertir au bonheur par ce garçon aux airs de lutin, fou de Capra et de Fellini. Dans le tourbillon joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions, naît Simon, puis Camille. Mais très vite, comme si leur allégresse avait provoqué la colère de l’univers, les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. On leur annonce un combat sans trêve. Refusant de céder au désespoir, le couple choisit de s’y lancer à corps perdu, comme dans une extraordinaire croisade dont leur courage et leur amour seraient les complices.

Avis

Je tiens à remercier les éditions J’ai lu pour l’envoi de ce SP.

Ce roman marqué « coup de poing » par l’éditeur, donc coup de cœur éditorial est en effet atypique. J’ai tourné autour de la chronique plus de deux semaines pour laisser décanter et arriver à trouver les bons mots. Comme si je n’étais pas sûre d’aimer ou à quel point. Le noter a été très compliqué, c’est pour dire.

Déjà, l’histoire. On sait à peu près à quoi s’attendre, car l’héroïne raconte l’histoire donne dès le début le ton et on sait très bien l’issu du roman. Aucun suspense, juste comment ce couple flamboyant traversera ce long périple imposé à l’annonce d’une maladie grave. Ce premier choix m’a semblé assez judicieux à la réflexion : quelque part je me suis du coup beaucoup plus attaché au déroulé qu’à la conclusion.

J’ai trouvé l’écriture très incisive, il y a des passages magnifiques et j’ai pleuré plusieurs fois. Mais, il y a aussi des passages ou au contraire j’ai presque décrochée me sentant très loin de l’action. Cela me paraissait plus codifié et classique (la rencontre des deux héros, la passion folle, les surnoms ou le caractère un peu fantasque du héros…). Le côté peut-être très parisien en fait ou la manière dont les références sont amenées. Je sais, ça va sembler un peu étrange comme remarque, mais on ne peut pas ignorer que les deux personnages bossent dans la capitale et dans des milieux artistiques à la façon dont l’histoire se déroule ou les références culturelles utilisées (on parle Capra et Fellini même dans le résumé !) ce qui n’est pas un mal non plus. Cela donne juste une tonalité au roman. Personnellement, j’ai bien apprécié, je le souligne car je pense que ça peut bloquer certaines personnes qui ne vont pas y être sensible. Bon, pas de panique l’auteur ne fait pas preuve d’élitisme on a des références pop rock récente, des blagues politiques et j’en passe, les références culturelles ne manquent pas !

Ce qui m’a le plus marqué dans ce roman c’est la sensation d’être un peu partagée dans ma lecture. J’aurais aimé adhérer totalement, souffrir avec les personnages – il est très rare que je dise ou pense ça – et ça n’a pas été tout à fait vrai. Peut-être pour des points de détails. Le choix de narration un peu omniscient. La présence trop en pointillé et anecdotique des enfants, ils m’ont manqué.

Je pouvais avaler plusieurs dizaines de pages sans souci, lire presque un tiers du roman d’un coup, et en même temps ne pas parvenir à m’immerger totalement dedans, de rester un peu à distance. Une certaine pudeur ou de nombreuses ellipses en sont peut-être la cause. On sent un amour très fort et en même temps, beaucoup d’auto dérision, de recul et un brin de cynisme aident sûrement à faire passer des passages ou l’émotion aurait pu être exacerbée. Peut-être que c’était volontaire pour éviter trop de pathos – ça marche assez bien. Mais ça m’a coupé une part de mon émotion.

La fin du roman est plus difficile, le héros masculin qui me laissait en partie perplexe, même s’il pouvait être touchant m’a encore éloigné de lui par des choix, certes très humains, qu’on comprend… mais que j’ai eu du mal à soutenir. C’était sûrement réaliste et cela évitait de proposer un récit ou la maladie est idéalisée comme on en voit souvent, pourtant j’ai un peu regretté tout en le soutenant par ailleurs (quand je disais être divisée !)

C’est un roman qui a sa propre musique, un petit univers et je comprends totalement les nombreuses critiques élogieuses. Il va me marquer. Je n’oublierais pas comme ça cette histoire et j’ai trouvé qu’il savait se montrer atypique, sortir des sentiers battus. Le fait que l’auteur soit aussi éditeur m’a paru logique : on sent vraiment une passion des mots, des histoires. Je serais curieuse de le lire à nouveau. Le message qui me reste après avoir fermé le livre est peut-être « la vie continue à tout prix », même en bousculant. Une sorte de rage contenue et de volonté furieuse de vivre pleinement parcourent les pages et c’est le ressenti le plus fort qui me restera. D’autres récits de couples confrontés au cancer me sont venus en tête, forcément, difficiles à oublier car mythiques comme « L’écume des jours » de Vian et d’autres. Ce roman, s’il ne reste pas mon préféré du genre, a une jolie place dans toute cette galerie.

Vues : 49

A propos de TeaCup

TeaCup pourrait être mon vrai nom tant je suis accro au thé. Je suis une dévoreuse de livres compulsive, je lis de tout et en grande quantité (plus ou moins quoi !). J’ai pensé à me soigner, mais finalement j'ai atterri sur un blog de chroniques. Je soigne le mal par le mal en somme.

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