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Emma Cavalier / La rééducation sentimentale, tome 1

Quelques infos sur le livre :

La rééducation sentimentale, tome 1

  • Auteur : Emma Cavalier
  • Serie : La rééducation sentimentale
  • Genres : Romance érotique
  • Editeur : Blanche
  • Collection :
  • Publication: 12/09/ 2013
  • Edition: Numérique
  • Pages : 224
  • Prix : 9,99€
  • Rating:  

Résumé :

Récemment divorcée, Camille lutte pour se maintenir à flot entre son travail de petite main chez un éditeur parisien et son rôle de jeune maman qu’elle tient à bout de bras. Sa rencontre avec un auteur prestigieux va bouleverser cet équilibre fragile. Jouant sans vergogne de sa réputation de libertin expérimenté, Antoine Manœuvre entraîne la jeune femme dans un tourbillon d’érotisme et s’emploie à réveiller ses sensations et ses désirs qu’elles croyaient perdus. À travers cette relation addictive et ambiguë, ses joies et ses frustrations, Camille redécouvre sa sexualité, et s’ouvre à des expériences inédites et troublantes. Au bout du chemin, se profile l’espoir de guérir son cœur blessé et de retrouver le courage de laisser parler ses sentiments.

 

Avis de BimboStratus :

Attention, cet avis contient des spoils.

J’en ai marre. Voilà c’est dit. Pourquoi faut-il que dans la romance les agressions soient considérées comme des démonstrations sexys de virilité ?

Reprenons ensemble :

  • embrasser quelqu’un par surprise, sans son consentement, c’est une agression sexuelle.
  • toucher le sexe ou les attributs sexuels de quelqu’un sans son consentement, c’est aussi une agression sexuelle.
  • pénétrer quelqu’un sans son consentement, on appelle ça un viol.
  • manipuler quelqu’un pour obtenir son consentement, c’est très vilain même si ce n’est pas légalement répréhensible.
  • considérer que le consentement c’est : « c’est toujours ok sauf quand tu dis non », c’est complètement absurde, surtout dans une relation entre deux personnes qui se connaissent à peine. C’est nier les violences faites aux femmes, encore plus celles faîtes aux femmes qui n’ont pas su ni pu dire non. Dire non n’est pas forcément facile, ni possible, c’est la raison pour laquelle s’assurer du consentement de ses partenaires sexuels, surtout quand on les connaît peu, c’est important.

C’est pas parce qu’on écrit des œuvres de fiction qu’on est obligé de jeter ça par la fenêtre en se disant « j’écris des fausses histoires ! ». Sinon je vois pas pourquoi les héros se feraient chier à sortir les préservatifs à chaque pénétration.

Voilà, j’ai fait le tour du livre. C’est l’histoire d’une femme qui a une vie de merde et qui rencontre un mec qui l’embrasse par surprise, puis la branle par surprise, puis plus tard lui met un doigt dans le cul alors qu’elle lui avait fait comprendre qu’elle en avait pas envie, juste pour qu’elle lui dise non et qu’il puisse lui répondre de sa voix docte et paternaliste « tu vois, tu sais dire non ». Raclure de fond de chiottes.

Ça Mesdames et Messieurs, c’est de la manipulation. Ce type la manipule de A à Z, mais il est beau, charismatique et, évidemment, un Dieu au pieu, donc TOUT VA BIEN. Et en plus il l’embrasse par surprise, oui, mais elle aime ça ! Et il la branle par surprise en la coinçant contre un mur, oui, mais elle ne dit pas non, elle dit juste « je vous en prie, ce n’est pas raisonnable », ou autre banalité du genre, puis d’ailleurs ensuite ils couchent ensemble parce qu’en fait elle était grave en manque et il est sexy, donc TOUT VA BIEN. Et puis finalement il arrive à la convaincre qu’elle va aimer se faire sodomiser, et vu que c’est une romance à deux balles, ÉVIDEMMENT elle jouit, donc c’est pas grave qu’elle soit pas d’accord au début et qu’elle se laisse juste faire alors qu’il la maintient de force, c’est pas grave que ça commence comme un viol, parce qu’après elle est contente, puis après tout elle l’a laissé faire, donc… c’est ça, TOUT VA BIEN !

Mais à un moment elle le vit mal, parce qu’elle est pas bien pendant une relation sexuelle et que Monsieur-j’ai-une-empathie-surdéveloppée ne le voit pas. Elle se sent même VIOLEE ! (purin il lui en aura fallu du temps !!!!) Mais attendez… après elle couche avec son ex et ça lui fait rien, elle se force, elle est pas bien et son ex s’en rend même pas compte… comme si les ZHOMS (vous savez, cette espèce indistincte) n’étaient vraiment pas perceptifs du tout quand ils baisent… Bon ben du coup elle peut bien pardonner à son vieux riche (je m’étend même pas sur cet énième cliché), ça devait pas être si grave, tout s’explique ! Achevez-moi.

Alors Mesdames, Messieurs même aussi, je dois ici parler d’un truc super important et super tendu, je pense que je vais en étonner plus d’un : quand on se force pour avoir une relation sexuelle ou quand une relation sexuelle n’est pas géniale, ce n’est pas normal, c’est triste. Se dire « c’est aussi nul avec machin qu’avec truc donc finalement c’est pas si grave, je vais continuer avec truc », c’est triste. Autre super révélation que je vous révélationne : le dialogue c’est la seule façon de réussir les relations, quelles qu’elles soient. La discussion. Mais ça, notre héroïne ne le sait pas apparemment.

Revenons-en au livre. Vu que la meilleure amie de Camille (l’héroïne) est une femme libre et féministe, on aurait pu penser que l’autrice se servirait d’elle pour faire passer un message. Ben oui, et quel message : « le féminisme c’est chiant, tu comprends rien, t’es fermée à tout sauf aux relations hétérosexuelles conventionnelles ! » Donc voilà à quoi nous sert la féministe de service. Et bien sûr cette emmerdeuse est persuadée que sa meilleure amie devrait se remettre avec son ex. Parce que c’est tout à fait logique que celle qui s’aperçoit en début de tome que sa copine est grave en manque ne sache pas qu’elle s’ennuyait avec le père de sa gamine et que c’est pour ça qu’elle a divorcé, entre autre. Tutafé !

Mais ne nous inquiétons pas, de l’autre côté il y a une autre femme, une autre mère dans son couple épanoui, qui embrasse Camille et la fait douter, qui lui dit « profite ! Laisse-toi aller ! », en bref UNE VRAIE FEMME LIBEREE. Evidemment. Alors que cette féministe, là, l’autre, elle comprend rien.

Je pensais, j’espérais, que ce roman serait subversif, qu’il irait dans la dénonciation de ce genre de comportements, de ce genre de relations, d’emprise même, mais non ! À la fin monsieur le manipulateur est dépeint comme un gentil agneau amoureux et l’héroïne est une femme soumise qui répond à ses lubies parce que de toutes façons « on peut pas l’arrêter quand il est comme ça, lol ». Qui a dit 50 nuances ?

Comprenez bien, le libertinage c’est pas subversif. Pas plus que le BDSM ou le polyamour.

[D’ailleurs j’ai rien contre la soumission sexuelle, c’est super quand tous les concernés sont consentants. Mais pourquoi faut-il que ce soit ENCORE un homme mature et expérimenté qui « enseigne » à une femme plus jeune et naïve qui bien sûr n’y connaît rien ? Et encore, dans 50 nuances de mémoire le type il est direct, là Antoine (le vieux pervers comme dirait la féministe hystérique) est tout en manipulations : et vas-y que je te parle de liberté, de désirs à écouter, « tu vas aimer », « est-ce que tu me fais confiance ? », « tu sais que je t’aime ? », etc. Ca me débecte.]

Non, actuellement, ce qui serait vraiment subversif en romance, ce serait du respect, de l’écoute, du dialogue et du réalisme. Ca fait pas rêver ? Ah parce que vous ça vous fait rêver les hommes violents qui nient le consentement des autres ? Les gens qui obtiennent ce qu’ils veulent en insistant, en « apprenant la vie » à leurs victimes parce que bien évidemment ils savent mieux qu’elles ? Ben pas moi. Ah si pardon, des fois c’est un scénario de fantasme sexuel qui m’attire. Mais j’appelle pas ça une romance. Ce n’est pas un canevas pour une romance. Ou alors on devrait l’appeler « Mon pervers narcissique et moi » ou « In love : encore un sale tour du syndrôme de Stockholm ! ». Ce genre d’histoires ne m’attirent pas, je les trouve malsaines.

Et c’est quoi ces manies d’infantiliser les femmes ? C’est censé être sexy ça aussi, tous les « mademoiselles », « gamine », « petite fille », « jeune fille » ? Désolée mais personnellement je trouve ça plutôt déprimant. Si les deux autres tomes de la « rééducation sentimentale » sont aussi sur ce modèle de « jeune fille » à qui un vieux monsieur enseigne la vie et le cul, je vais commencer à vomir. On est plus dans l’éducation sexuelle là, on est dans le conditionnement affectif. Manipulation (je peux l’épeler aussi).

Pour finir sur le style de l’autrice, il est bon. Y’a des ratés, en ponctuation, en conjugaison et en formulation. J’ai l’impression que le travail éditorial, lui, n’a pas été génial. D’ailleurs les 10-20 premières pages m’ont donné du fil à retordre, c’est du passé et du présent mis dans un shaker et mélangés sans cohérence. J’ai l’impression qu’ensuite ça s’est amélioré niveau concordance des temps.

J’attends d’avoir lu les tomes 2 et 3 pour me faire un avis définitif, mais là c’est très, très, très mal parti.

Extrait :

– Écoutez, Camille, je sais que vous traversez une période difficile ces derniers temps.
Sans répondre, je baissai les yeux d’un air théâtralement affligé, dans le seul but de regarder l’heure sur l’écran de mon téléphone portable. J’espérais que le sermon du chef ne prendrait pas trop de temps. En toute logique, ses manifestations de sympathie allaient bientôt s’épuiser d’elles-mêmes, et il allait enfin m’avouer ce qu’il avait à me demander à cette heure tardive de l’après-midi, quoi que cela puisse être. Il avait intérêt à se dépêcher, parce que si j’arrivais encore en retard à la crèche, ils allaient finir par me mettre à la porte pour de bon. Ou alors exécuter leurs menaces, et je n’aurais plus qu’à aller chercher la petite au commissariat du quartier. Et, franchement, il ne manquait plus que ça pour que ma vie soit parfaite à tous points de vue.
– C’est vrai, avouai-je enfin, c’est un peu dur en ce moment sur le plan personnel.
J’espérais qu’il goûtait l’euphémisme.
– Si je peux faire quelque chose pour vous aider, si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à venir m’en parler, d’accord ?
Je me décidai enfin à lever les yeux sur son visage rond et amène, fendu d’un sourire dont on ignorait s’il comportait la moindre trace de sincérité. Sous ses tempes légèrement dégarnies, ses yeux étaient encadrés d’un réseau de rides d’expression qui reflétaient une sorte de mélancolie ou de cynisme. Sa bouche, elle, souriait tout le temps, qu’il soit en train de nous annoncer la naissance du fils de notre collègue Sylvie de la fabrication, ou de nous commenter les chiffres de vente en chute libre depuis plusieurs mois, pourcentages à l’appui. Débonnaire était le mot qui me venait à l’esprit, mais je n’étais pas sûre que c’était le bon.
Si j’avais besoin de quoi que ce soit ? Oh oui, j’avais besoin de doubler mon salaire. J’avais besoin de faire un job intéressant au lieu de passer ma vie à préparer des recommandés et à faire des photocopies. J’avais besoin de retrouver quelqu’un d’adulte en rentrant chez moi le soir. Et aussi j’avais besoin, vraiment besoin, de me faire baiser.
Mais même si notre patron portait sa réputation de vieux dégueulasse avec autant d’ostentation que le nez au milieu de la figure, je n’allais certainement pas faire appel à lui pour ça.

About BimboStratus

Rôliste passionnée, j'adore l'amour et le sexe. Féministe attentionnée, j'aime les nuages et les étoiles. Et les livres dans tous ça ? C'est surfait, mais y'en a des biens. Suivez mon regard.

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